Les mots sont importants et pourtant on ne prend pas toujours le temps et l’effort d’en discuter : alors que non seulement ils peuvent faire l’objet d’une discussion mais ils sont aussi les bases qui rendent possible une discussion. C’est là un cercle tout à fait vertueux, car c’est en discutant de la discussion et des mots de la discussion que chacun peut prendre conscience de ce qui peut permettre de la réussir. Le contraire d’un tel effort, c’est le dialogue de sourds.

  • Technique: médiation dont dispose un homme avec pour objectif son utilité, son outilité : c’est l’utilité qui fait l’outil (on le voit bien dans le bricolage et sa capacité à détourner un objet de sa fonction première, tout simplement « parce que c’est utile »). C’est la fonction qui fait l’organe. La finalité de la technique est donc son usage : le sens de la technique est l’(o-)utilisation (du monde).
  • Technologie : système des pratiques (= les médiations et leurs usages) techniques accompagnées de leur justification théorique 1)Le texte philosophique le plus fameux pour vanter cette « technologie » est celui de Descartes dans la 5° partie du Discours de la méthode, dans lequel on trouve la formule « comme maître et possesseur de la Nature ». Ce texte est d’abord interprété comme un manifeste pour une utilisation pratique des connaissances théoriques (scientifiques) ; mais l’interprétation peut être renversée : un manifeste idéologique (la promesse des progrès dans la santé, « tant du corps que de l’esprit »).. La technologie est le discours qui accompagne la technique : en tant que mode d’emploi, la technologie fournit aussi un mode de vie. Si ça marche, c’est que c’est bien.
  • Technicisme 2)Les mots en « -isme » réalisent un tour de prestidigitation en faisant passer la partie d’un tout pour le tout lui-même : ainsi le productivisme fait croire que tout production vise la productivité ; ainsi l’industrialisme fait croire que l’industriel est le destin (le sens) de l’industrieux ; ainsi l’économisme fait croire que l’économie doit engloutir le social et le politique… Ce « tour » s’appelle rhétoriquement une synecdoque « décroissante » (la partie pour le tout).: autojustification idéologique de la technique comme « monde » sur la base d’une promotion du « nouveau » en tant que tel. Si c’est nouveau, c’est encore mieux. Exemple de technicisme → au lieu de dire « technique contemporaine » (ce qui pourrait laisser place à une critique contemporaine de la technique), il faut dire « nouvelle technologie » (ce qui permet d’évacuer toute critique présente au nom d’un « il faut attendre de voir ce que cela donnera par la suite »).

Références   [ + ]

1. Le texte philosophique le plus fameux pour vanter cette « technologie » est celui de Descartes dans la 5° partie du Discours de la méthode, dans lequel on trouve la formule « comme maître et possesseur de la Nature ». Ce texte est d’abord interprété comme un manifeste pour une utilisation pratique des connaissances théoriques (scientifiques) ; mais l’interprétation peut être renversée : un manifeste idéologique (la promesse des progrès dans la santé, « tant du corps que de l’esprit »).
2. Les mots en « -isme » réalisent un tour de prestidigitation en faisant passer la partie d’un tout pour le tout lui-même : ainsi le productivisme fait croire que tout production vise la productivité ; ainsi l’industrialisme fait croire que l’industriel est le destin (le sens) de l’industrieux ; ainsi l’économisme fait croire que l’économie doit engloutir le social et le politique… Ce « tour » s’appelle rhétoriquement une synecdoque « décroissante » (la partie pour le tout).

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